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Veaux & Génisses

#3 Mes veaux sont malades : Mon colostrum est-il distribué correctement ?

par Dr Elsa GUEGUEN

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Comme nous l'avons vu, il est très facile et rapide d’évaluer la qualité du colostrum, grâce à un outil simple comme le réfractomètre. Veiller à la bonne qualité du colostrum est donc une première étape indispensable, mais elle ne suffit pas. En effet, le colostrum peut être d’excellente qualité, mais s’il est donné dans de mauvaises conditions le veau ne sera pas bien protégé.

 

Dès lors, comment bien distribuer le colostrum ? Quel est le volume nécessaire et quand le donner ? Y-a-t ’il des cas où il faut éviter de donner le colostrum de la mère ?

Première étape : Il faut récolter le colostrum rapidement et en respectant une hygiène stricte 

Après le vêlage, il est recommandé de traire très rapidement la mère, idéalement dans les 2 heures après vêlage, afin de pouvoir récolter son colostrum. En effet, la concentration en anticorps diminue spontanément dans la mamelle après vêlage. (cf Figure 1) 

Dans les cas où une traite systématique n’est pas réalisée après vêlage, il est fortement conseillé de disposer d’une réserve de colostrum (banque de colostrum), qui permet d’avoir toujours sous la main du bon colostrum.

 

Il ne s’agit pas de faire boire au veau un colostrum contaminé, il faudra donc bien veiller à respecter une hygiène stricte lors de la récolte du colostrum (bien nettoyer les trayons, attention à l’hygiène de l’équipement de traite), ainsi que lors de sa conservation et lors de sa distribution (hygiène du biberon, et faire très attention aux tétines/ sondes). 

Deuxième étape : Il faut distribuer le colostrum à temps et en quantité suffisante 

  • Du colostrum, vite ! 

Après le vêlage, le veau a faim, froid et son système immunitaire n’est pas mature. Le colostrum va lui apporter protection immunitaire, nutriments essentiels (énergie, vitamines, oligo-éléments), facteurs de croissance et hormones. La première buvée doit donc être prise dans l’heure qui suit le vêlage, et le vêlage n’est terminé que lorsque le veau a bu son colostrum. 

Un deuxième point important est la capacité d’absorption des anticorps dans le sang : elle diminue rapidement avec le temps. En moyenne seulement 35% des Immunoglobulines sont absorbées 1h après le vêlage et 6h après le vêlage l’absorption est déjà réduite de moitié ; 24h après le vêlage les anticorps avalés ne passent plus du tout dans le sang (cf Figure 2)

  • Quelle quantité distribuer au veau ? 

Le veau doit recevoir 200g d’anticorps dès la naissance.  

Le volume à administrer peut donc facilement se calculer en fonction de la qualité du colostrum mesurée au refractomètre (cf figure 3) :

  • Pour un colostrum titré à 22% au réfractomètre (50g/L), il faudra faire avaler 4L de colostrum ; Pour un colostrum titré à 26%, on apportera au minimum 3,5L de colostrum (NB : bien respecter une température de buvée de 40°C) 

  • Dans tous les cas, il ne faut pas distribuer un colostrum à moins de 18% (il faudrait faire avaler 9,5L de colostrum ce qui est physiologiquement impossible) 

Distribuer le colostrum de la première traite au minimum sur les 2 premiers repas, voire si possible sur les 2-3 premiers jours de vie. Sinon une transition avec le lait des traites suivantes doit être assurée. 

  • Comment distribuer le colostrum ?

Il existe plusieurs méthodes pour administrer du colostrum au veau :

Par drenchage ​​​

Le drenchage systématique de 4L de colostrum juste après vêlage est une solution qui permet de s’assurer d’un bon volume de colostrum ingéré. L’acte technique du sondage n’est pas compliqué lorsqu’il est effectué dans de bonnes conditions.

Au biberon 

C’est également une bonne technique à condition de faire avaler un volume suffisant.Pour faciliter la buvée, il faut profiter de la courte période d’éveil du veau juste après vêlage (dans l’heure qui suit). Si la buvée du veau n’est pas suffisante à ce moment-là, il faudra donner un nouveau repas 6h plus tard.

  • Laisser téter le veau, est-ce une bonne solution ?

Cette solution n’est pas recommandée en cas de problèmes sur les veaux. En effet, une étude en élevage laitier a montré qu’il y aurait 60% de mauvais transferts colostraux dans ce cas (Besser, 1991). Plusieurs explications à ce mauvais résultat :

- Le délai avant la 1ère ingestion spontanée : >2h après vêlage pour 40% des veaux et jusqu’à > 8h pour 20% des veaux (Guatteo, 2013).

- Volume ingéré spontanément : seuls 1/4 des veaux boivent plus de 2L de colostrum

 

Un deuxième point à prendre en compte est le portage possible par la mère de parasites et bactéries (Cryptosporidies, Mycobactéries responsables de la Paratuberculose…). En cas de présence de ces maladies dans l’élevage, il faudra séparer le veau le plus rapidement possible de sa mère après vêlage et bien veiller aux règles d’hygiène citées ci-dessus ainsi qu’à l’hygiène du lieu de vêlage.

Une bonne prise colostrale passe donc par l’administration d’un colostrum de bonne qualité, en bonne quantité, suffisamment tôt après vêlage (précocité) et dans de bonnes conditions d’hygiène. Respectez-vous ces 4 points essentiels ?

 

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Sources : 

Debora Santchi, Conférence Génisses Seenergi – 18/06/2019
BESSER TE, GAY CC, PRITCHELL L. Comparison of three methods of feeding colostrum to dairy calves. J. Am. Vet. Med. Assoc. 1991;198(3):419-422.
GUATTEO R, LE DREAN E, TURBAN H, LEBOEUF F ; GUINARD-FLAMENT J, LE COZLER Y. Evaluer la teneur en immunoglobulines G du colostrum chez la vache laitière. Bull. GTV. 2013;71:27-32

 

 

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